« D’où vient vraiment la pollution qui sévit à Paris … »

ENVIRONNEMENT – Après huit jours de pollution aux particules fines, metronews fait le point sur l’origine de ces pics qui sévissent régulièrement dans la capitale. Où l’on découvre que certaines idées reçues sont fausses…

Paris a connu la semaine dernière un fort pic de pollution aux particules ; l'an dernier à la même période, il y en avait eu deux.

Paris a connu la semaine dernière un fort pic de pollution aux particules ; l’an dernier à la même période, il y en avait eu deux.

 

Paris suffoquait, mais Paris libéré… du nuage de pollution. Après une semaine d’alerte, une journée de circulation alternée et un mardi de pluie, le pic de pollution aux particules est passé à Paris. Mais pendant huit jours, rumeurs et débat politique ont fait rage autour des causes de cette pollution et des solutions à y apporter. Alors, de quoi vient vraiment la pollution à Paris ? Metronews fait le point sur 7 idées reçues.

► On ne sait pas vraiment de quoi est composée la pollution à Paris
FAUX. Les polluants sont connus, et cinq posent problème dans la région parisienne, à des degrés divers : le dioxyde d’azote, les particules (PM10 et PM2, 5), l’ozone et le benzène. Les deux premiers, en particulier, franchissent régulièrement les seuils d’alerte. Et chacun a des conséquences bien précises sur la santé. Le dioxyde d’azote a un effet irritant pour les bronches à court terme. Les particules, qui pénètrent dans l’appareil respiratoire, ont un effet à moyen terme : elles sont classées cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour compliquer encore le tout, certains gaz rejetés dans l’air, comme l’ammoniac et les oxydes d’azote, réagissent entre eux, ainsi qu’avec la température, pour créer de nouveaux polluants…

► La pollution de l’air parisien provient en fait des industries du nord de l’Europe
FAUX. C’est l’un des arguments utilisés par l’association 40 millions d’automobilistes, qui peste contre les restrictions pesant sur les véhicules. « C’est comme le fantasme des centrales thermiques allemandes », sourit Karine Léger, ingénieure à AirParif, l’organisme qui mesure la qualité de l’air de la capitale. « Mais les industries européennes sont très minoritaires dans les rejets. L’épisode de la semaine dernière était plutôt d’origine locale ». En fait, chaque polluant a ses sources d’émissions différentes. Le dioxyde d’azote provient essentiellement du trafic (56%) et du chauffage (18%), des rejets industriels (traitement des déchets, production d’énergie, carrières, 15%), puis de l’agriculture (3%) et du trafic ferroviaire et aéroportuaire (7%). Les particules, elles, sont dues pour un quart au trafic routier, un quart au chauffage, et 20% à l’agriculture.

► Les polluants ne sont pas les mêmes suivant les saisons
VRAI. Dans les faits, tous ces polluants s’entremêlent, se développant ou régressant suivant les saisons, la météorologie et les activités émettrices. Ainsi, l’été est propice aux pics d’ozone, formé par les rayons du soleil et les températures plus élevées. L’hiver aux particules, dues au trafic routier et au chauffage. A la croisée des saisons, l’épisode printanier de la semaine dernière mêlait les particules dues au trafic et empêchées de se disperser par une météo anticyclonique, les chauffages qui fonctionnent toujours, l’arrivée de l’épandage agricole, le tout cumulé à une pollution venue du nord.

► Paris ne fait rien pour lutter contre la pollution
FAUX. Jeudi dernier, en refusant dans un premier temps de mettre en place la circulation alternée, la ministre Ségolène Royal avait taclé Anne Hidalgo : « Il y a beaucoup d’annonces et on ne voit pas beaucoup de changement ». La circulation alternée, parfois décriée, est surtout une mesure d’urgence, destinée à faire baisser l’intensité de l’épisode de pollution, qui a montré ses effets (baisse de 6% des particules et de 10% des oxydes d’azotes lors de sa mise e le 17 mars 2014). Mais Paris va aussi mettre en place des actions de long terme, via son plan de lutte contre la pollution. Insuffisant pour certains, trop contraignant pour d’autres, il prendra effet dès juillet prochain, et prévoit un panel de mesures pour limiter le trafic routier.

► Il y a de plus en plus de seuils d’alerte et pics de pollution
VRAI mais… Une des raisons pour lesquelles on parle plus des épisodes de pollution est que des procédures d’alerte et d’information ont été mises en place par AirParif pour certains polluants jugés dangereux. Depuis 2008, des bulletins d’informations sont ainsi émis régulièrement pour les particules, jusqu’alors inconnues du grand public. En 2011, les seuils de mesure ont été abaissés : le seuil d’alerte de 120 mg/m3 a été revu à 80, et le seuil d’information est passé de 80 à 50. Il y a donc, mathématiquement, plus d’alertes à la pollution.

► Il y a de moins en moins de pollution à Paris
VRAI. Etonnant, non ? Et pourtant bien vrai. Un rapport d’Airparif de 2013 sur la pollution entre 2002 et 2012 indique « une tendance générale à la baisse depuis dix ans », plus forte cependant sur la période 2002-2007, grâce à des actions nationales et européennes sur le trafic, le chauffage et les industries. Cette baisse est cependant ralentie par la diésélisation du parc automobile français, encouragée au départ par des politiques publiques. Pour autant, la qualité de l’air reste « problématique », et largement au-dessus des seuils réglementaires européens, rappelle AirParif. En 2013, plus de trois millions de Franciliens ont ainsi été potentiellement exposés à des niveaux de pollution supérieurs à la norme.

► D’autres polluants apparaissent
VRAI. Au fil des années et des évolutions technologique, certains polluants, notamment d’origine industrielle, ont diminué voire disparu en Ile-de-France, comme le dioxyde de soufre et le monoxyde de carbone (dus à la combustion du charbon), ou encore le plomb. Mais d’autres apparaissent. AirParif, qui fait de la veille sur une soixantaine de polluants, mesure en ce moment les pesticides présents dans l’air ou encore les nanoparticules dues aux nanotechnologies.

Article disponible sur www.metronews.fr